vendredi 25 avril 2014

Acide sulfurique d'Amélie Nothomb - Editions LE LIVRE DE POCHE


Edition Le livre de poche ( 2007)
212 pages
5€60

Je m'abstiens de vous mettre la présentation de l'éditeur car celle-ci nous révèle la quasi -intégralité de la trame.
Une nouvelle émission de télé-réalité est née. Quel en est le thème? les camps de concentration... Des dizaines des personnes sont enlevées et enfermées dans des camps, filmées 24h/24h, et dirigées par des Kapos, salariés de la chaîne de télé...Et pendant que des gens souffrent et meurent dans ces camps, des millions de téléspectateurs suivent chaque jour leur souffrance à la télévision, sans réagir... Telle est la vision d'Amélie Nothomb dans ce roman. Vous avez l'impression que cela ne pourrait jamais arriver? Après avoir lu ce livre vous n'en serez plus aussi sûr...
Des amis m'avaient parlé de ce roman à plusieurs reprises, et j'ai été ravie que l'un d'eux puisse me le prêter pour me le faire découvrir.
Je dois dire que dans un autre contexte, je ne pense pas que j'aurais acheté ce livre car la couverture ne m'attirait pas outre mesure ( j'ai une autre version que celle que j'ai mis plus haut) et comme je choisis beaucoup à la couverture.... mais bon une preuve de plus que ce n'est pas forcément un tri judicieux... Quoi qu'il en soit, je me suis lancée dans sa lecture, et étant donné sa petite taille, il était commencé et fini dans la même journée.
Le style d'Amélie Nothomb est agréable, je n'ai pas éprouvé de difficulté dans ma lecture si ce n'est dans le choix des prénoms de ses personnages principaux( Pannonique et Zdena).
L'histoire, vous l'aurez compris est une satire de la téléréalité et de la société, une espèce d'exemple poussé à l'extrême de là où les Hommes seraient prêts à aller pour l'argent. Il existe 4 niveaux de personnages dans ce roman, ceux qui sont le plus développés sont celui des détenus et celui du Kapo Zdena. Au dessus de cela, se trouvent également les producteurs de l'émission et tout en haut, le public. Ce roman posent de nombreuses questions " morales", quant à savoir par exemple " à qui la faute". Dans ce type de fonctionnement, qui est celui qui est le plus fautif? le kapo qui obéit bêtement alors qu'il lui suffirait de faire autrement? Le producteur qui a manigancé tout cela, et qui filme tous les jours? Le public qui regarde l'émission et qui donne une raison à tous les niveaux du dessous de continuer à faire ce qu'ils font? J'ai vraiment aimé cette réflexion sur les responsabilités et l'analyse que chacun peut avoir sur une même question, en fonction de différents points de vues.
Et puis il y a les détenus... parqués comme des animaux, battus, affamés, humiliés.... tués. Sans raison particulière si ce n'est l'audience que cela peut alimenter. Parmi eux, une jeune fille va tenter de se battre pour changer les choses, mais là où au départ elle représentait un espoir, un modèle, elle devient vite un bouc émissaire au sein de ses compagnons de misère. Il y a selon moi une vrai étude sociologique dans ce roman, sur la psychologie des groupes, qui est clairement passionnante.
Côté personnage, on retiendra particulièrement Pannonique et Zdena. Deux femmes que tout oppose au sein de ce camp et pour lesquelles la plus forte n'est pas celle que l'on croit. On va observer un réel retournement du pouvoir de l'une sur l'autre. Pannonique, qui n'a plus rien, se bat pour sa liberté, et Zdena, qui a sa liberté, tente d'obtenir les seules choses qu'il reste à Pannonique. Leur relation est vraiment très particulière, limite malsaine par moment. J'ai été plus touchée par le personnage du professeur, qui semble totalement amoureux de Pannonique et qui sera un soutien pour elle , à sa façon, pendant tout ce temps.
En bref, un livre à découvrir, ne serait-ce que pour que ce qu'il raconte ne se produise jamais!



Mais Kapo Zdena, intervint l'organisateur, aimeriez vous subir ce que subissent les prisonniers?
-C'est malhonnête comme question. D'abord, les détenus, on ne sait pas ce qu'ils pensent, puisque les organisateurs ne leur demandent pas. Si ça se trouve, ils ne pensent rien.
-Quand on découpe un poisson vivant, il ne crie pas. En concluez-vous qu'il ne souffre pas, Kapo Zdena?
-Elle est bonne celle là, je la retiendrai, dit -elle avec un gros rire visant à provoquer l'adhésion.
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