jeudi 31 juillet 2014

Les papillons rêvent-ils d'éternité? de Sandra Labastie - Editions MICHEL LAFON

Editions Michel Lafon (avril 2014)
220 pages
14€95
Présentation de l'éditeur:
« Cette journée du 1er janvier, la première de la dernière année du monde, il s’est passé quelque chose de spécial entre nous, les élus. C’était comme au printemps, quand on devient joyeux sans comprendre pourquoi. C’est la dernière année de souffrance, a dit papa. Bientôt, on sera libérés. »
À travers cette apocalypse manquée, une jeune fille de 13 ans contemple la condition humaine dans ses craintes et ses obsessions, dans son incroyable capacité d’imagination pour triompher d’une vie sans espérance.
Le roman de Sandra Labastie explore la frontière très fragile où la croyance jouxte la folie.
En résumé -  Dans une communauté évangéliste, les membres célèbrent cette année qui est censée être la dernière avant l'apocalypse, à laquelle ils devraient être les seuls à survivre. Une jeune fille de 12 ans appartenant à cette communauté nous fait partager sa vie, ses émotions et sa façon de vivre cette religion qui lui est imposée. Qu'est ce qui attend une jeune fille de cet âge dans ce contexte? Pour le savoir, il faudra le lire.
Pourquoi ce livre? - J'ai été attirée premièrement par la couverture et le titre. Ces papillons m'ont donné envie de découvrir ce roman. Ils lui donnent un côté poétique, voir philosophique qui m'a intriguée. Le résumé m'avait orientée sur une piste différente que ce que j'ai finalement découvert dans ce roman (je m'attendais à quelque chose de fantastique avec cette histoire d'apocalypse!) mais je n'ai pas pour autant été déçue de ma lecture.
Une plume juste - Ce roman compte assez peu de pages (autour de  200) mais elles sont suffisantes pour "boucler la boucle" de cette histoire, qui est découpée en saison, et en avant/après l'apocalypse. On suit cette jeune fille dont, je m'en rends compte à l'écriture de cette chronique, on ne connait même pas le prénom. En y réfléchissant, cela reflète assez bien ce qu'elle représente au sein de cette communauté, elle est un élément parmi d'autres, elle doit réaliser une mission commune mais n'a pas d’intérêt en tant que personnalité propre, au sein de ce groupe. L'auteur a su nous proposer une écriture juste, où la narratrice n'est autre que cette jeune fille. Elle nous propose de voir la vie avec ses yeux, et ses mots d'enfant de 12 ans. Cela donne lieu a quelques réflexions étranges, qui semblent déplacées ou complètement bizarres, mais qui selon moi s'explique par tout ce contexte de vie. 
Une histoire réaliste - Après avoir lu quelques informations sur l'auteur, qui a été élevée dans une éducation religieuse extrémiste, on comprend mieux comment elle a pu rendre cette histoire si réaliste. Je me suis demandée à plusieurs reprises s'il s'agissait d'une histoire vraie et maintenant que je connais l'histoire de l'auteur, j'imagine qu'elle a du largement s'inspirer de son  vécu. On suit cette jeune fille durant les 4 saisons qui sont censées précéder " l'apocalypse", la fin du monde pour les " incroyants" et le début d'une nouvelle vie pour les " Elus", ceux qui croient et seront donc sauvés par Dieu. Alors que pour tout le monde, les catastrophes naturelles, les guerres, les accidents sont des drames, ce groupe de la population se réjouit de ce qui semble les rapprocher du grand jour qu'ils attendent et pour lequel ils vivent comme ils le font. Cette jeune fille est dans le début de l'adolescence, et elle commence à se poser de nombreuses questions. Elle sent qu'elle n'a pas les mêmes convictions que ceux qui l'entourent et pourtant elle n'a pas le choix, elle doit vivre comme ses parents le souhaitent, prêcher au porte à porte, se faire critiquer et maltraiter par les jeunes de l'école, vivre en total décalage avec le reste du monde. Tant et si bien qu'elle ne sait même plus ce qui est bien et ce qui est mal...
Un personnage troublant - Cette jeune fille est troublante car elle nous fait ressentir des émotions très différentes. D'un côté on est attristé par ce qu'elle vit, on sent son mal être, ses questionnements constants, son envie de vivre différemment et son impossibilité de le faire. On lit ses mots d'enfants et on ressent sa naïveté, son innocence face à ce qui lui arrive... et en même temps elle nous fait parfois nous sentir mal à l'aise par certaines de ses actions ou de ses réflexions, déplacées dans le contexte ou du fait de son jeune âge. Toute la question de la sexualité est en même temps évitée et abordée: il n'y pas vraiment de mots posés sur cette question, mais c'est un thème qui sera malheureusement abordé à deux reprises, sans que cela semble clair pour elle. L'absence de mots à mettre sur certains actes semble ôter l'importance de ses actes, tout du moins dans sa psychologie et c'est assez effrayant.
En bref - Un roman qui met des mots sur un fanatisme religieux qu'on semble parfois oublier, et qui permet de se rendre mieux compte de ce qui peut se cacher sous ce type de communauté.

Je ne comprends pas bien le mot foi. Il suffit d'ajouter un e et ça devient un organe. Un jour, je l'ai dit et Papa m'a grondé. Il y a des mots avec lesquels on ne peut pas jouer. J'essaie de comprendre toute seule à quoi ressemble la foi. Chez Papa, c'est comme la fin d'une très vieille tristesse.

Si vous souhaitez lire les premières pages, RDV sur ce lien.
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